Monthly Archives: juin 2012

Le 24 juin (Fête nationale du Québec) devient symbole mondial de résistance

MAGNIFIQUE, partout dans le monde le 24 juin est la journée de protestation et de solidarité.

Et le 24 juin est le jour de la FÊTE NATIONALE DU QUÉBEC.

Merci à nos amis à travers le monde; il ne pas relâcher la lutte au contraire.

 

– Franckfurt : https://www.facebook.com/events/421314464557729/
– Hanovre : https://www.facebook.com/events/440260692651158/

———————–ANGLETERRE——————–
… – Londres : https://www.facebook.com/events/153410228127030/

———————–AUSTRALIE———————
– Melbourne : https://www.facebook.com/events/436727713018750/

———————–ARGENTINE———————
– Buenos Aires : https://www.facebook.com/events/131574373645782/

———————–BELGIQUE———————
– Bruxelles : https://www.facebook.com/events/202528656535648/

———————-DANEMARK——————–
– Aarus : https://www.facebook.com/events/234681353302260/

———————–ÉTATS-UNIS———————
– Miami : https://www.facebook.com/events/278153285616699/

———————— FRANCE———————–
– Annecy : https://www.facebook.com/events/230687713701085
– Bayonne : https://www.facebook.com/events/305325636218238/
– Besançon : [Pas d’évènement facebook] RDV 14H30 Place Marulaz. Rassemblement co-organisé par la CNT locale.

– Bordeaux : https://www.facebook.com/events/323321867742677/
– Chambéry : https://www.facebook.com/events/414703398569638
– Clermont-Ferrand : https://www.facebook.com/events/426190810749067/
– Dijon : https://www.facebook.com/events/256388431135286/
– Grenoble : https://www.facebook.com/events/398260190216801/
– Lille : https://www.facebook.com/events/462824737063194/ Il y a un autre RDV à 12h sortie métro Gambetta! 2 évènements distincts!
– Lyon : https://www.facebook.com/events/308688722548681/
– Marseille : https://www.facebook.com/events/231955440253811
– Nantes : https://www.facebook.com/events/299255093498750/
– Nice : https://www.facebook.com/events/436605493026044/
– Paris : https://www.facebook.com/events/113603618777506/
– Quimper : https://www.facebook.com/events/378608898863774/
– Rennes : https://www.facebook.com/events/260484207391935/
– Saint-Etienne : https://www.facebook.com/events/141186482672401/
– Strasbourg : https://www.facebook.com/events/343551849046490/
– Thonon : https://www.facebook.com/events/209818055805718
– Toulouse : https://www.facebook.com/events/336542076418312/

———————–ITALIE———————–
-Milan : https://www.facebook.com/events/349683621772205/

———————–QUEBEC———————–
à Montreal le #24juin https://www.facebook.com/events/307268322700229/307818289311899/?notif_t=plan_mall_activity

————————SUISSE———————–
– Berne : https://www.facebook.com/events/302911839797391/
– Genève : https://www.facebook.com/events/429386330415636/

———————–PORTUGAL——————–
– Santarem : https://www.facebook.com/events/245290238915522/

#24JUIN : Journée mondiale de Résistance en solidarité avec les Québécois-es

L’anglais comme « ouverture sur le monde » ou hypocrisie merdique? (Cassivi)

La langue sale à Cassivi est-elle soluble dans La Presse ?  texte complet ici

Jean-Pierre Durand
Chronique de Jean-Pierre Durand
vendredi 22 juin 2012 


(…) Pierre Foglia a réussi à m’arracher une larme, dans sa chronique du 9 juin (« Pro domo, pour ma maison »), en m’apprenant que La Presse était – attachez vos tuques avec de la broche, car ça va fesser – quelque chose comme un nid de gauchistes et de séparatistes !

(…)
En parcourant le journal, donc, je suis tombé sur la chronique de Marc Cassivi (« La langue d’Ariane »), dans laquelle celui-ci trouvait que la chanteuse Ariane Moffatt avait eu du front d’interpréter des chansons en anglais dans le cadre des FrancoFolies. Il semblait se réjouir du même souffle qu’il n’y ait pas eu de réaction indignée de la part de l’auditoire. Il expliquait la chose en disant que « l’anglais n’est plus, pour la plupart des Québécois de moins de 40 ans, la langue de l’ »ennemi » ».

Cette idée d’interpréter des chansons en anglais aux Francos n’est pas neuve, car d’autres l’ont fait par le passé (je pense à Marie-Jo Thério, entre autres). Si Cassivi m’apprenait par contre qu’une tendance lourde se dessinait chez les chanteurs anglophones, d’ici ou d’ailleurs, à savoir de pousser quelques chansons en français, là il y aurait matière à tomber de sa chaise, car la chose est rare comme de la merde de pape.

(…) Ô combien nous serions estomaqués si les radios anglophones glissaient de temps en temps quelques chansons en français. Que nenni ! La plupart des anglophones n’en veulent pas ni n’achètent – au propre comme au figuré – notre culture. Ce n’est pas de la xénophobie de leur part, mais tout simplement de l’indifférence crasse. Nous sommes une bourgade et ils sont un empire… alors certains ont la grosse tête.

Il y a une mode anglophile qui se propage dans le monde à l’heure de la mondialisation, ce qu’on peut appeler aussi l’expansionnisme de la culture anglo-américaine, dont l’anglais est le principal vecteur. (…)

Par conséquent, ce n’est pas tant ce que Cassivi dit sur Ariane Moffatt qui me dérange mais la suite du texte où il écrit « que l’on a intérêt à maîtriser (l’anglais) si l’on veut s’ouvrir au monde ». Voilà, encore un!  Comme Elvis Gratton qui ne jure que par l’anglais pour la fameuse « ouverture au monde », comme d’autres ne jurent que par McDonald pour apprécier la gastronomie américaine. Cassivi porte des œillères s’il prête à l’anglais un tel rôle colossal sans s’interroger, sans être plus critique. Au lieu de faire preuve de conformisme étroit, il pourrait voir plus loin que le bout de son nez.

Et Cassivi y va ensuite de ses attaques habituelles contre les indépendantistes aux « réflexes réactionnaires », aux « délires paranoïaques », « qui voient partout, jusque dans leur soupe aux pois, des « méchants anglophones et fédéralistes » menacer l’avenir du Québec ».

Et il en cible un en particulier : Mario Beaulieu (Société Saint-Jean-Baptiste)  (…). C’est inouï comme il s’en trouve (j’en parlais dans mon préambule) des indépendantistes à La Presse, des indépendantistes atypiques qu’on ne voit nulle part dans les événements indépendantistes, qui le jour des élections invitent à annuler leur vote (Foglia) et qui conchient les nationalistes et leur reprochent tous les péchés du monde. Ces mêmes journalistes ne disent, par exemple, pas un traître mot sur le fait que United Irish Societies of Montreal organise annuellement sa St. Patrick’s Parade en faisant fi du français et en « oubliant » que bon nombre de Québécois francophones sont des descendants des Irlandais et portent fièrement un patronyme irlandais.

Ces mêmes journalistes qui n’ont de cesse de fustiger le nationalisme québécois (pourtant inclusif) sont habituellement peu diserts quand il s’agit de l’étalage du nationalisme canadien subventionné par Ottawa. HYPOCRISIE CRASSE.

En deux coups de cuillère à pot, Cassivi pense sûrement qu’il a cloué le bec aux indépendantistes, alors qu’il n’a fait que démontrer son ignorance du sujet dont il parle.

Son ton méprisant et calomnieux à l’endroit de Mario Beaulieu est consternant. Je tiens personnellement (et je sais fort bien que je suis loin d’être le seul) Mario Beaulieu comme l’un de nos plus importants défenseurs du français. Je le connais assez aussi pour dire que les intentions malveillantes que lui prête Cassivi sont un tissu de mensonges. Par contre, il est bien le défenseur du français comme langue commune et officielle du Québec, s’efforçant avec les moyens réduits à sa disposition de tout mettre en œuvre pour éviter la bilinguisation du Québec, qui paverait la voie à l’assimilation, comme ce fut le cas dans les autres provinces,   (…)

Enfin, pour conclure sur la Fête nationale, dont l’indépendantiste atypique Cassivi avoue ne pas être « friand des enthousiasmes nationalistes », ni « de l’agitation de drapeaux en général et du patriotisme exacerbé en particulier », rappelons que le choix de présenter un spectacle en français au parc Maisonneuve ne vise pas à brimer d’autres langues, mais à promouvoir cette journée-là en particulier la langue française comme langue commune et officielle.

On ne répétera jamais assez cette phrase de Bourgault : « Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » Devinez laquelle, monsieur Cassivi ?

Que vous faut-il de plus, monsieur Cassivi ? Qu’on chante en anglais jusque sur la scène du parc Maisonneuve le 24 juin au soir pour que vous soyez satisfait ? Que l’on fête à Montréal la St. John the Baptist Day tout en anglais comme c’est devenu le cas dans certaines communautés naguère franco-américaines de la Nouvelle-Angleterre ? Deriez-vous par hasard un brin… francophobe ?

Plutôt que de demander qu’on exauce vos vœux, monsieur Cassivi, commencez donc d’abord par écrire une partie de vos chroniques en anglais dans La Presse pour donner l’exemple aux générations futures.

Vous deviendrez alors en un rien de temps l’idiot utile de notre assimilation !

 

Commentaire d’un usager:
L’anglais est une langue largement répandue et s’est imposée comme langue véhiculaire par excellence sur la planète. Cela donne l’impression d’en faire un moyen d’ouverture sur le monde. Toutefois cette ouverture est factice. Que passe-t-il entre un Espagnol et un Chinois qui se parlent en anglais. Pas grand chose hormis un paquet de lieux communs sans grand intérêt.

La haine est un échec – Hatred is a failure (Sartre)

 » La haine est un échec.

Son projet, en effet, est de supprimer les autres consciences, mais elle ne pourrait faire que l’autre n’ait pas été.

Mieux encore, l’abolition de l’autre par la haine, pour qu’elle soit un succès, exige la reconnaissance du fait qu’autrui a existé.

La mort de l’autre me constitue comme objet irrémédiable, exactement comme ma propre mort.

La haine devient ainsi un échec; elle ne permet pas de sortir du cercle mais représente seulement l’ultime tentative du désespoir.

(Jean-Paul Sartre; « L’être et le néant »)

L’industrie de la viande dévore la planète (Monde Diplomatique)

Pollution, meurtres, maladies

L’INDUSTRIE DE LA VIANDE DÉVORE LA PLANÈTE (texte complet ICI)

Nous sommes deux milliards à trop manger

Depuis quelques années, les pays qui craignent une pénurie se sont lancés dans une course effrénée pour acquérir de nouvelles terres arables que se disputent les industries de l’agroalimentaire et des agrocarburants. Et une violente controverse oppose ceux qui veulent utiliser les produits agricoles pour faire tourner les moteurs à ceux qui préféreraient qu’on nourrisse les êtres humains.

Mais peu dénoncent un business encore plus vorace en ressources naturelles, en produits agricoles et en espace : celui de l’industrie de la viande.

L'essentiel des terres pour l'élevage {JPEG}

Crise au Québec: excellent résumé analytique (Monde Diplomatique)

 

 

mardi 12 juin 2012, par Elisabeth Vallet

Mouvement étudiant et répression policière

Au Québec, même les alouettes sont en colère

Un. Les mains dans les poches, l’homme fredonne en marchant L’Alouette en colère de Félix Leclerc. Une femme sort sur son perron avec sa casserole, une spatule et une cuillère dans une main, un bambin dans l’autre. Trois collégiens arborant des carrés rouges haranguent les gens qui s’avancent sur leur balcon.

Sept. Au coin de la rue, où tous se rejoignent, les clients du bar commencent à sortir avec les instruments fournis par le patron : ils improvisent avec les lampadaires, la boîte aux lettres des postes.

(…)

Deux cents. Les voitures ne circulent plus sur l’avenue Mont-Royal : depuis huit jours, le cortège assourdissant des casseroles ramasse les gens au coin de chaque rue. Ce soir ils viennent des deux côtés de l’avenue. Ils sont maintenant plus de…
Cinq cents.
500 !

Nous sommes à Montréal, sur le Plateau Mont-Royal, le 26 mai 2012. Il est 19h56. C’est le cent-quatrième jour de grève étudiante, la trente-troisième manifestation nocturne.

Venu du Chili, le « tintamarre », comme on dit en Acadie, est devenu un phénomène.

Un phénomène institutionnalisé par les médias sociaux contre la loi spéciale 78 (PDF) adoptée par le Parlement québécois en urgence pour tenter de résoudre par la force une crise qui lui échappe.

Depuis, le « tintamarre » gagne le reste du Québec. Du jamais-vu.


Tout a commencé durant l’hiver avec la hausse programmée des frais de scolarité. 75 % sur cinq ans. « Une hausse inéluctable », clame le gouvernement. 50 centimes par jour, ânonnent les ministres. Impensable, selon les syndicats étudiants, il faut un moratoire. Et alors que l’on approche de l’été, après trois mois d’enlisement, les positions demeurent figées.

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Montréal
Photo : Joël Plouffe, mai 2012.

Polarisation de la société


A Poudlard l’éducation est gratuite, pourquoi pas ici ?

Le 13 février 2012, des étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Université Laval à Québec votent la grève générale illimitée (sur Twitter le hashtag #ggi). Au Québec, la grève n’est pas décidée sur une base individuelle mais bien sur une base collective : les étudiants sont affiliés à leur association étudiante qui décide, à la majorité simple.

De là, la bataille de chiffres sur le nombre d’étudiants en grève : certains expliquent qu’ils veulent être en grève mais qu’ils ne le peuvent pas (l’association a voté pour la continuation du semestre). D’autres estiment « devoir être » en grève contre leur gré et finissent par demander des injonctions au pouvoir judiciaire pour pouvoir retourner en cours. Le carré rouge, symbole de la grève étudiante de 2005, refait surface.


Un peu moins d’un mois plus tard, faute de dialogue, la situation s’envenime. A compter du 7 mars, les premières manifestations violentes se déroulent au centre-ville de Montréal.

Traditionnellement fondée sur le consensus, la société québécoise découvre une agitation politique qui lui semblait appartenir aux années 1970 : on ne se « chicane » pas au Québec. Mais là c’est différent. La société se polarise au fur et à mesure que le conflit s’envenime. Par le biais des lettres ouvertes, des enfants et des parents s’opposent publiquement. Le gouvernement campe — c’est inhabituel — sur ses positions.

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Montréal
Photo : Joël Plouffe, mai 2012.

Les médias traditionnels adoptent des lignes éditoriales de plus en plus tranchées. A ce point que des journalistes sont parfois pris à partie, de part et d’autre au cours des manifestations. Un chroniqueur de droite cristallise d’ailleurs cette polarisation dans ses blogs et éditoriaux, et déclenche une vague de protestation sur les médias sociaux lorsqu’il twitte, le 20 mars :
— « Vu sur une terrasse à Outremont : 5 étudiants avec carré rouge, mangeant, buvant de la sangria et parlant au cellulaire. La belle vie ! »


Mais avec 200 000 étudiants dans les rues le 22 mars, la condescendance ne suffit plus à banaliser le mouvement. Et tandis que le phénomène s’étend graduellement au reste du Québec, les actions des étudiants sont de plus en plus diversifiées et spectaculaires : ponts bloqués (Montréal est une île), Tour de l’île en rouge, manifestation nue.

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Tout le monde ou presque est sur Twitter

Le conflit devient un enjeu de société et finit par faire les émissions de grande écoute comme Tout le monde en parle.
L’Ecole de la montagne rouge qui conçoit les pancartes et affiches est mise sur pied par des étudiants en design de l’UQAM.
Un étudiant en arts crée des affiches sur le blog Eau tiède. Les étudiants en théâtre de l’UQAM forment quant à eux une Ligne rouge dans le métro. Un lipdub fait le tour des réseaux sociaux. Dans le même temps, certaines vidéos cherchent à réduire le fossé générationnel qui paraît se transformer en véritable ligne de fracture sociale.

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Vue d’en haut…
Photo : Frederic Bednarz, mai 2012.

L’escalade 


La crise s’intensifie. Le 20 avril 2012, se tient le salon du Plan Nord — projet de développement du grand nord québécois promu par le gouvernement en place et dénoncé par les environnementalistes et les altermondialistes. Le premier ministre Jean Charest y fait une blague devant l’assemblée d’hommes d’affaires et de spécialistes de la région arctique: « On peut offrir aux étudiants grévistes un job… dans le nord de préférence. ».
Ce n’est pas sa première bourde mais la vidéo fait le tour des réseaux sociaux.
A l’extérieur, se déroulent des affrontements violents entre des groupes citoyens et les forces policières qui ont fermé le palais des congrès.

Le syndrome de l’affrontement intergénérationnel/droite-gauche est de plus en plus marqué : le mouvement étudiant, qui se voit comme un mouvement syndical, est dépeint par le gouvernement et les politiciens de droite comme un rassemblement d’enfants-rois qui ne veut pas assumer sa « juste part ». Mais la foule diversifiée qui défile à Montréal pour le Jour de la Terre, le 22 avril, s’inscrit en faux contre cette description.


Le 27 avril, le gouvernement, après avoir exclu l’une des plus importantes associations (la CLASSE) des négociations suite au saccage du bureau de la ministre de l’éducation, fait une offre aux étudiants : une hausse sur sept ans au lieu de cinq. En omettant de dire que la hausse, indexée, sera avec ce nouveau calcul plus élevée que prévue. La réaction est immédiate. Et les marches nocturnes deviennent un événement quotidien, avec sa couverture par les chaînes d’information continue.


Chargeront ? Chargeront pas ?
Le camion-flûte est censé avertir les manifestants. Twitter aussi. Mais l’assaut a bien souvent lieu avant que les manifestants n’aient pu se disperser.

Manifestation légale. Illégale. Tolérée. Intolérable. Puis de nouveau légale. Ou tolérée. La déclaration d’illégalité autorise donc les groupes d’intervention anti-émeute à charger, à un moment donné, la foule, pour la « disperser », en octroyant à l’assaut l’onction apparente de la légalité. Pourtant l’idée de manifestation illégale n’est pas un concept juridique et sa mise en œuvre n’est pas constante.


Inquiet, le gouvernement décide de délocaliser le Congrès du parti libéral à Victoriaville. Il devait se tenir à Montréal, mais ce n’est sans doute pas « assez loin ». Les bus de manifestants affluent et dans l’après-midi les affrontements sont d’une rare violence, opposant les manifestants aux policiers armés de fusil avec des balles en plastique, lesquels utilisent aussi des gaz irritants. Les médias sociaux sont les premiers à rendre compte en détail de l’événement. Tandis que la police fait une conférence de presse, les médias traditionnels rapportent des images troublantes qui vont mener des groupements politiques et associatifs à demander une enquête publique sur les agissements de la Sûreté du Québec. En vain.


Quelques jours après le rejet par les étudiants de l’entente de principe, le 10 mai, des fumigènes dans le métro à l’heure de pointe le matin paralysent la circulation durant plusieurs heures. Les médias et la police diffusent des photos prises par des passagers qui croient avoir vu les coupables. Le lendemain, quatre personnes sont arrêtées. Et seront inculpées sur le fondement des dispositions antiterroristes du code criminel pour « incitation à craindre des activités terroristes ». Entre la délation, la divulgation par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) d’informations relatives à de « possibles » suspects aux médias, la diffusion sans discernement des noms (parfois erronés) de personnes suspectes, les interrogations sont de plus en plus nombreuses quant au rôle respectif que doivent jouer les acteurs du conflit mais aussi les pouvoirs et contre-pouvoirs de la société démocratique. La ministre de l’éducation Line Beauchamp démissionne et la Sûreté du Québec tente de ramener en salle de cours des étudiants qui ont obtenu des injonctions. Mais ils n’ont pas beaucoup de succès…


Le tournant de la crise se situe le 18 mai, alors que le gouvernement fait adopter au Parlement son projet de loi spéciale 78 pour assurer le retour en classe des étudiants. Durant le débat en chambre, la nouvelle ministre de l’éducation affirme que, dès l’adoption de la loi 78, les tweets pourront être « remontés » vers leur origine. On apprendra par la suite que le premier projet était encore plus dur. Dès la fin du vote, le Barreau du Québec et Amnesty International dénoncent les atteintes aux droits constitutionnels et fondamentaux des citoyens.

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Anonymous
Photo : Frederic Bednarz, mai 2012.

Manifestations et dérives policières dégénèrent. Les agents de l’anti-émeute se disent à bout, dérapent, tapent sans ménagement, manquent de discernement à de nombreuses reprises, et certains d’entre eux se retrouvent à faire la « Une » des médias sociaux, comme l’agent 728 ou le « voleur » de skateboard. Le seul média à couvrir la violence depuis le tout début est la chaîne étudiante webdiffusée de l’université de Concordia, CUTV, alors même que ses journalistes peinent à faire valoir leur statut de presse face aux policiers et se font régulièrement bousculer. L’application des règlements n’est pas pratiquée de manière équitable. Dans ce contexte, le site Arrêtez-moi quelqu’un fait son apparition : ceux qui résistent à la loi 78 y affichent leur désobéissance. L’adoption de cette loi a l’effet inverse de celui attendu par le gouvernement : elle n’est pas complètement appliquée, remobilise le mouvement étudiant. Surtout, elle amène dans la contestation d’autres groupes sociaux.

Le gouvernement, mis à mal par une commission sur les nominations des juges, affaibli par une autre commission sur la corruption dans l’octroi des marchés publics, voit sa légitimité gravement mise en cause par l’adoption de cette loi spéciale.

RT @ManifencoursQbc : Passez le mot : #casseroles ce soir à Saint-Jean-sur-Richelieu #casserolesencours #manifencours #loi78 #ggi

La machine s’emballe. Le 22 mai, une manifestation monstre de 250 000 personnes envahit de nouveau les rues de Montréal. Anarchopanda passe du statut de mascotte à celui de symbole tandis que Anonymous accentue le piratage des sites gouvernementaux [1]. Twitter [2] est devenu un moyen de communication central durant les manifestations (sous le hashtag #manifencours) pour les étudiants qui font en moyenne dix kilomètres tous les soirs dans Montréal en marche rapide (cartographiées depuis le 19 avril par Diametrick), et pour le SPVM (@spvm) qui utilise ce média pour communiquer avec les automobilistes dans un premier temps (pour les prévenir des blocages), puis avec les manifestants (pour signifier la nature de la marche — légale ou illégale…), interagir avec eux (pour contrer les casseurs), ou encore exfiltrer… les journalistes ! Malgré cela, et alors que des avertissements de « durcissement » de la répression circulent sur les médias sociaux, le 23 mai à minuit, les forces de l’ordre encerclent et arrêtent 500 personnes, alors que dans la ville de Québec 700 personnes sont prises dans les filets de la police…

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Historien en colère
Photo : Frederic Bednarz, mai 2012.

Les médias internationaux s’emparent de la nouvelle, qui arrive même jusqu’au Festival de Cannes. L’analyse est parfois caricaturale car, contrairement à la vision tour à tour dramatique ou romantique de l’étranger, la population québécoise est profondément divisée. Elle est tellement partagée que les médias se livrent une véritable guerre de sondages dont le gouvernement finit par bénéficier. La caricature est toutefois plus gênante à l’intérieur même du pays : au Canada anglophone, on peine encore à appréhender la nature du mouvement. C’est l’illustration du syndrome des « Deux solitudes [3] » car même s’il y a dans le « ROC » (Rest of Canada) des manifestations de solidarité, le « printemps érable » n’y prend pas pied (voir par exemple la Une du conservateur Maclean’s). Un collectif a décidé de créer un site de traduction pour expliquer le phénomène aux anglophones, en particulier aux médias traditionnels des autres provinces.

(…)Le 1er juin, le gouvernement a rompu les négociations avec les étudiants, reportant le problème au mois d’août, estimant qu’une « accalmie » était nécessaire. A l’approche des festivals de l’été, le choix n’est peut-être pas idoine. Les manifestations se multiplient, avec ici et là des scènes de guérilla urbaine alors que se déroule le Grand Prix : se mélange alors un drôle de monde, pilotes de Ferrari, fans de Formule 1, fêtards jet-set, manifestants anticapitalistes, joueurs de casserole et étudiants arborant le carré rouge… La CLASSE annonce des manifestations à l’échelle du Québec pour le 22 juin, tandis qu’universités et lycées essayent tant bien que mal de faire rentrer deux semestres entre le mois d’août et le mois de décembre. La tension est palpable à travers le pays et, dans les réunions de famille, on évite le sujet : le conflit s’est enlisé et la société s’est polarisée… Comme si tout le monde vivait dans l’attente de l’annonce d’élections pour recommencer à respirer.… Mais nous sommes le 27 mai. Il est 19h58, et dehors, il y a comme un bruit de casseroles…


Elisabeth Vallet
est professeure associée au département de Géographie de l’UQAM et directrice de recherche à la Chaire Raoul-Dandurand ; @geopolitics2012 sur Twitter, auteure de :
— Petit guide des élections présidentielles américaines, Septentrion, 2012 (avec Karine Prémont).
— Le retour des murs en relations internationales, Etudes internationales, mars 2012 (avec Charles-Philippe David).

A lire dans Le Monde diplomatique de juin 2012 : Pascale Dufour, « Ténacité des étudiants québécois ».

Notes

[1] Lire Félix Stalder, « Anonymous, de l’humour potache à l’action politique », Le Monde diplomatique, février 2012.

[2] Lire Mona Chollet, « Twitter jusqu’au vertige », Le Monde diplomatique, octobre 2011.

[3] Même si le Canada est un Etat fédéral avec une identité relativement claire à l’extérieur du pays (promue avant l’actuel gouvernement conservateur par une politique étrangère axée sur les missions de paix et la responsabilité de protéger, la promotion de l’écologie et de la paix comme en témoignent des traités phares comme celui sur les mines antipersonnelles), à l’intérieur persiste le syndrome de « deux solitudes », expression que l’on doit à Hugh MacLennan qui décrit dans son roman Two Solitudes — dans les années 1960 — les tensions entre les deux communautés canadienne-française et canadienne-anglaise. Aujourd’hui le concept rend compte de l’isolement réciproque de ces deux communautés, qui cohabitent sans toutefois se comprendre. La barrière est linguistique, mais elle est aussi culturelle et alimente de part et d’autre les stéréotypes

Qui nous protège de la police? (image)

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Paul Desmarais et Jean Charest: à bas le maque

Cette caricature est TRÈS importante. Pourquoi?
1. À ma connaissance c’est la première fois qu’un média grand public dénonce cela et nous montre qui est derrière la crise au Québec: Paul Desmarais, milliardaire de Power Corporation (domaine de Sagard) et magnat du papier et du pétrole (entre autres).
2. Pourquoi ça ne sort que maintenant alors que dans les réseaux on en parle depuis des années?
Parce que le réseau ANONYMOUS a rendu public le film du party privé chez les Desmarais, nous montrant tous ceux, incluant Jean Charogne, qui font la fête ensemble, politique + finance, contre nos intérêts.
Ce film change toute la donne car il constitue une preuve.
Donc grand merci à ANONYMOUS.
http://www.youtube.com/watch?v=6cZeJWemM8Y


L’Histoire: savoir d’où l’on vient… (PIerre Falardeau)

L’historien Marcel Tessier avait bien raison de dire que si les Québécois connaissaient vraiment bien leur histoire, l’indépendance serait chose faite depuis belle lurette. Opinion ici (Pratte et La Propagande)

Et ici (même si Falardeau parle très mal son français, les idées sont là et fortes).
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Et ici, Le temps des bouffons. Un brillant classique (20 minutes) qu’on se fait un devoir de voir et revoir.
« Au Ghana, les pauvres mangent du chien, ici ce sont les chiens qui mangent du pauvre. » (P.F.)
« La liberté est toujours extrémiste pour les lâches. » (P.F.)
« On va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part. » (P.F.)
 
« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » (La Boétie).
 

Nuages privés: c’est pas des blagues

Non, ce n’est pas un mauvais cauchemar: dans cet article publié dans L’AUT’JOURNAL (lecture vivement recommandée) André Bouthillier raconte la prochaine horreur du néolibéralisme déjà en chantier: la privatisation des nuages, qui s’ajouterait à la privatisation du génome humain et de celle de l’eau de pluie (voir mon autre article sur le sujet).

La guerre des nuages aurait déjà commencé d’ailleurs.
Il n’y a pas si longtemps, on aurait vu cette nouvelle comme un récit de science-fiction.
Mais nous y voilà. Il ne reste qu’à privatiser l’air et la lumière.
Et ne riez pas comme on a ri pour la privatisation de l’eau de pluie et des nuages.
 

Indépendance du Québec: ça devient urgent

Opinion publiée dans Le Devoir par: Marc Laviolette et Pierre Dubuc, respectivement président et secrétaire du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) .

La détérioration rapide de la situation économique et la mise à l’écart du Québec par le gouvernement fédéral mettent à l’ordre du jour l’urgence de l’indépendance nationale. Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement Harper accorde des milliards de dollars en subventions à l’industrie pétrolière de l’ouest du pays. Maintenant, c’est «bar ouvert» pour l’Ontario.

Les gouvernements fédéral et de l’Ontario s’apprêtent à verser plus de 13,5 milliards aux seules entreprises Chrysler et GM. Après avoir financé l’Ontario à réoutiller son industrie automobile, Ottawa le fera encore pour l’aider à renover son parc de centrales nucléaires. Pendant ce temps, l’industrie forestière québécoise doit se contenter de quelques centaines de millions et Hydro-Québec développe à nos frais, sans aide fédérale, ses projets hydro-électriques. .

 

Le déclin du poids politique du Québec à Ottawa commence à se faire sentir. Le gouvernement Harper a annoncé son intention de modifier la carte électorale pour mieux refléter la réalité démographique du pays. On ajouterait 24 nouvelles circonscriptions en Ontario et un nombre à définir en Alberta et en Colombie-Britannique.

À cela s’ajoute le déclin relatif de la population francophone au Québec même. Celle-ci est descendue en dessous de 80 % dans l’ensemble du Québec, et sous la barre psychologique des 50 % sur l’île de Montréal. Il n’y a pas 36 000 interprétations à ces données: elles annoncent la marginalisation du Québec et son insignifiance politique à Ottawa.

Pour s’assurer que le Québec ne relève pas la tête, les forces fédéralistes poursuivent la «guerre» (expression de Jean Pelletier, ex-chef de cabinet de Jean Chrétien) entreprise contre le mouvement souverainiste. Un livre (Le Référendum volé) a documenté les hauts faits d’armes du fédéral lors de la dernière campagne référendaire (et ses) efforts pour neutraliser trois instruments essentiels pour l’accession du Québec à la souveraineté: 1. La reconnaissance internationale. 2. Un outil économique pour contrer les pressions financières. 3. Des médias sympathiques.
(…)

Un an avant l’élection américaine, personne n’aurait prédit l’élection d’un président noir. Pourtant, Barack Obama y est parvenu, en ralliant des couches de la population — les jeunes, les Noirs, les latinos — avec le slogan: «Yes, we can!» Notre projet d’indépendance nationale est aussi noble et enthousiasmant que l’élection d’un président noir en plus d’être une nécessité absolue. Avec 101 députés péquistes et bloquistes, et tout leur personnel politique, nous avons l’ossature organisationnelle pour mener campagne. Alors, présentons une stratégie et une démarche claires et rallions la population autour du slogan: «On est capables!»