Le Canada (« corps étranger »): DIX GIFLES contres le Québec en 2013 seulement.

(Par Jean-François Lisée, ministre au gouvernement du Parti Québécois)

Pour tout vous dire, ça m’est venu comme ça, l’expression voulant que le Canada apparaissait « de plus en plus comme un corps étranger » dans l’expérience québécoise.

Les journalistes tentaient de me faire (commenter) le bond de 33 % à 44 % de l’intention de vote souverainiste entre deux récents sondages.

Je m’y suis refusé, trouvant beaucoup plus importante la tendance lourde qui fait en sorte que l’attachement des Québécois envers le Canada s’amenuise, notamment chez les jeunes Québécois.
On est en présence d’une «décanadianisation» du Québec et, chez nos voisins, d’une «déquébécisation» du Canada.

Il ne faut pas faire la souveraineté « contre le Canada ». La raison de faire la souveraineté est positive: devenir maître de son destin. Mais affirmer qu’elle ne doit être QUE positive serait, pour reprendre ses propres termes, « occulter une réalité ».


Quelle est-elle? Sans revenir au passé — Crise d’octobre, Constitution en Coup d’État, manoeuvres antidémocratiques, scandale des commandites, la liste est longue! — la simple revue des dossiers courants est accablante pour notre voisin canadien:

1.
Le pont Champlain est de responsabilité fédérale. Il vieillit prématurément. Mais le Canada refuse de nous le remplacer si nous ne payons pas pour la facture, en nous imposant un péage que la totalité des intervenants montréalais refuse.
Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

2.
Les milliards$ du Fonds de travailleurs participent à l’activité économique de la métropole et des régions du Québec d’une façon tangible et démontrée, mais Ottawa veut leur couper les ailes, contre la totalité des intervenants — patronaux, syndicaux et gouvernementaux — québécois. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

3.
Ottawa a introduit une réforme de l’Assurance-emploi qui appauvrit les régions du Québec et déstructure les industries saisonnières. Le Québec tout entier — patrons, syndiqués, maires, partis nationaux — demande des correctifs importants, sans succès. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

4.
Ottawa a décidé de détruire son registre des armes à feu. Le Québec doit se battre jusqu’en Cour suprême pour supplier le fédéral de lui laisser la part de données venant du Québec et payée par les contribuables québécois. Ottawa refuse et tient à cette destruction massive. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

5.
Après avoir financé à coups de milliards de dollars les industries albertaines et terre-neuviennes du pétrole et l’industrie nucléaire ontarienne sans jamais soutenir l’énergie propre québécoise (on ne lui demandait d’ailleurs pas), Ottawa vient de décider d’accorder une garantie de prêt à l’hydro-électricité terre-neuvienne, faisant ainsi une concurrence déloyale à notre société d’État. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

6.
Ottawa est obsédé par l’idée de créer sa propre Commission nationale des valeurs mobilières, dont le siège serait à Toronto, affaiblissant ainsi Montréal comme ville financière. Même si la Cour suprême a semoncé le gouvernement Harper, il maintient sa volonté d’aller de l’avant, contre le voeu de tous les acteurs économiques québécois. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

7.
En matière environnementale, le Canada a renié sa signature sur l’entente de Kyoto et est toujours considéré comme un des principaux empêcheurs internationaux de trouver un nouvel accord sur le réchauffement de la planète. Cette position vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

8.
En matière d’aide internationale, Ottawa sabre dans ses budgets, favorise les groupes religieux de l’ouest du pays pour la part restante, faisant en sorte que les Organisations de coopération internationale québécoise, qui naguère avaient 25 % du financement, n’en ont plus que 10 %. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

9. 

Dans son combat constant contre la science, Ottawa a mis fin à la formule de recensement long de Statistique Canada, affaiblissant l’outil utilisé par les chercheurs du pays, y compris l’Institut de la statistique du Québec, pour guider les législateurs dans leur travail. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

10. 

Ottawa a appuyé en 2013 une cause qui veut remettre en question la capacité pour les Québécois de déterminer leur avenir selon la règle internationalement reconnue du 50% +1.

Le fédéral avait lui-même adopté il y a 15 ans la « Loi sur la clarté » qui attaque elle aussi le 50%+1.
Tous les partis politiques québécois ont critiqué la décision fédérale. Cette idée vient-elle du Québec? Non. Elle vient de l’extérieur.

AJOUTONS:
Le gouvernement fédéral vient d’annoncer des contrats d’une valeur de 100 milliards$ (payés à 15-20% par le Québec) pour des navires militaires, mais SANS RETOMBÉES POUR LE QUÉBEC.

À la lecture de cette liste du Top-10 des actions fédérales en territoire québécois en 2013, comment ne pas conclure que le Canada agit comme une force externe pour, à répétition, mettre des bâtons dans les roues du Québec?

Comment ne pas constater qu’Ottawa ne reflète pas ainsi, au niveau fédéral, des débats locaux québécois, mais se heurte de plein fouet à des consensus québécois? Comment ne pas admettre que le pouvoir fédéral agit de plus en plus comme un corps étranger qui nuit à notre développement?

Du mépris, oui

Les faits sont têtus. Ils n’appellent ni à une rectitude politique qui escamoterait la réalité actuelle des relations Canada-Québec, ni à la langue de bois.

Il y a du mépris dans l’équation. C’est le mépris grandissant des décideurs fédéraux envers le Québec, ses consensus, ses intérêts. Refuser de le voir et de le dire serait refuser la transparence et l’honnêteté.

Le Canada que les fédéralistes aiment, aimaient, ou voudraient aimer, disparait sous nos yeux et sous leurs yeux. Ce serait les mépriser que de ne pas les amener à ce constat, aussi brutal que la réalité de l’action fédérale.

Sur beaucoup des 10 points soulevés, l’attitude fédérale ne tient pas au seul Harper, mais survivrait à son remplacement par un autre parti fédéral.

Décanadianisation

Le second argument à l’appui du caractère de plus en plus étranger du Canada au Québec tient à l’évolution de l’identité québécoise.

Depuis 2004, et pour la première fois de notre histoire, une majorité de Québécois, toutes langues confondues, s’estiment d’abord Québécois, plutôt que d’abord canadiens.

Pire, l’attachement au Canada est en régression forte, surtout chez les 18-24 ans.
J’ai traité de ces questions en détail dans deux billets:

Mais il y a aussi une tendance à la Déquébécisation du Canada, porté par le fait que, pour la première fois de son histoire, une majorité des Canadiens hors Québec (61 %) estiment que le Canada se porterait mieux si le Québec partait. (Voir ici)

C’est donc dire — et ne le prenez pas mal — que pour une part croissante de nos voisins, le Québec apparaît de plus en plus comme un corps étranger…

SOLUTION SOUVERAINETÉ
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