« Justin Trudeau progressiste »: le mensonge dévoilé

(Voir l’article)

FIGAROVOX/TRIBUNE – La presse européenne, notamment française, fait régulièrement le panégyrique du Premier ministre canadien. Pour le québécois Guillaume Rousseau, derrière l’image véhiculée, se cache pourtant une triste réalité.


Guillaume Rousseau est professeur de Droit public à l’Université de Sherbrooke au Québec.


Depuis plus d’un an, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, est la coqueluche de certains médias internationaux, particulièrement en Europe. Sa nomination à titre d’homme de l’année par le Courrier International, et la couverture médiatique globalement positive qui l’accompagne, ne surprennent donc personne. Les raisons de cet amour sont bien connues: en plus d’être beau, Justin Trudeau aurait nommé un Conseil des ministres paritaire, défendrait l’environnement, serait démocrate et tolérant envers les minorités, entre autres qualités. Il est décevant de constater à quel point certains se laissent obnubiler par l’image projetée par le gouvernement Trudeau, car derrière cette image la réalité est beaucoup moins belle.

La photo du Conseil des ministres de Justin Trudeau projetait une belle d’égalité homme-femme. En y regardant de plus près, on constate que seuls des hommes sont responsables des ministères plus importants: finances, trésor, économie, défense, sécurité, affaires étrangères et ressources naturelles. Plusieurs femmes ministres sont même placées sous la tutelle d’un ministre masculin. Un ministère régalien, celui de la justice, a bien été confié à une femme. Mais au Canada, l’essentiel de l’administration de la justice ne relève pas du fédéral, de sorte que ce ministère est loin d’être aussi important que ne peut l’être le ministère de la Justice d’un État unitaire. Sans parler du fait que Justin Trudeau est favorable à un multiculturalisme anti-féministe, comme l’ont illustré sa défense du voile intégral ou sa présence dans des lieux de culte pratiquant la ségrégation homme-femme et obligeant les femmes, y compris les non-pratiquantes, à se voiler.

Pour ce qui est de l’environnement, le contraste entre l’image et la réalité est encore plus fort. Malgré sa prétention à combattre les changements climatiques, Justin Trudeau, qui s’est entouré d’un conseiller agissant aussi à titre de lobbyiste pour l’industrie pétrolière, défend l’exploitation du pétrole sale de l’Ouest canadien et vient d’approuver un projet visant l’exportation du gaz de schiste d’une valeur de 36 milliards de dollars. 36 milliards qui contribueront à l’augmentation des gaz à effet de serre, alors qu’ils auraient pu être investis dans l’économie verte. Et bien sûr, Justin Trudeau promeut le traité CETA qui pourrait favoriser l’exportation du pétrole sale canadien vers l’Europe.

Côté démocratie, en campagne électorale M. Trudeau a clairement promis une réforme du mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour. Depuis, il recule, sous prétexte que la volonté populaire d’obtenir une telle réforme était liée à l’impopularité du gouvernement précédent. Le Premier ministre canadien explique que cette réforme n’est plus aussi utile aujourd’hui, maintenant que les Canadiens ont un gouvernement qu’ils apprécient… le sien!

En ce qui concerne les minorités, le portrait est tout aussi intéressant. Les principales minorités, soit les Autochtones et les Québécois, sont laissées pour compte voire méprisées par le gouvernement Trudeau. Un an après l’élection de ce gouvernement, la condition des Autochtones ne s’est pas améliorée. Un jugement rendu en 2016 a rappelé que la pratique consistant à moins financer les services sociaux offerts aux enfants autochtones était toujours en vigueur.

Sur la question québécoise, Justin Trudeau refuse d’entamer toute négociation constitutionnelle avec le Québec, à qui son père a imposé une Constitution centralisatrice dans le but de l’empêcher de protéger son caractère français. Et lorsque le Québec a voulu promouvoir ce caractère, avec un projet de loi sur la laïcité qui constituait une version allégée du modèle français, Justin Trudeau a comparé cela à la ségrégation raciale qui avait cours aux États-Unis dans les années 1950! Pourtant, il n’a guère de leçon à donner en ce domaine, car le Premier ministre a parlé du Canada comme d’une seule nation, faisant ainsi écho aux thèses de John A. MacDonald, politicien canadien du XIXe siècle reconnu pour son racisme anti-francophone… même si aujourd’hui le gouvernement Trudeau tente de réécrire l’histoire en le présentant comme un héros de la diversité.

On comprend qu’il peut être complexe pour des observateurs étrangers de voir au-delà de l’image du gouvernement Trudeau. Pourtant, il leur suffirait de gratter un peu.

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