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Québec: Zachary Richard dénonce la haine propagée par le Canada anglais

Texte de Zachary Richard, écrit ce matin.
Merci M. Richard au nom de tous les Québécois.

J’ai été choqué ce matin d’apprendre que la soirée de victoire du Parti Québécois fut bouleversée par des coups de feu. Près de la porte arrière du Métropolis, l’entrée des artistes par laquelle j’ai passé maintes fois, un homme habillé d’un peignoir bleu et d’une cagoule a ouvert le feu laissant un mort et un blessé, et a mis le feu au bâtiment.

Madame Marois, qui était ciblée, ainsi que la foule, qui donnait son discours au moment que les coups de feu ont éclaté, s’est fait conduire hors de la scène par deux agents de sécurité. Elle est revenue quelques minutes plus tard pour calmer ses supporters. Dans le contexte de ce monde fou, ce n’est pas si surprenant que la folie arrive à notre porte après tout. Mais ce qui m’inquiète et qui me dégoûte est la réaction de certains suite à cette évènement tragique.

Pendant que le tueur se faisait transporter par la police, il criait : « Les Anglais se réveillent. C’est la vengeance des Anglais. » On traite clairement avec un fou, mais il semble que la folie se propage.

Dans les instants suivant le drame, une page Facebook a été créée pour réclamer la démission de Pauline Marois. Le créateur de la page, qui a rapidement accumulé 300 adeptes, stipulait que les événements du Métropolis démontrent que la présence du PQ à la tête de la province ne peut que provoquer de la violence.

Pire encore est la réaction du Globe and Mail, journal torontois, où on peut lire que « Les Séparatistes créent un cauchemar au Québec. » Dans un éditorial du 5 septembre on écrit: « Certainement les Canadiens raisonnables seront d’accords pour dire qu’une victoire du Parti Québécois sera extrêmement néfaste pour le Québec et le Canada. La campagne a dévoilé la vision irrationnelle, extrémiste et même perverse de Pauline Marois et ses supporters séparatistes. Ils n’aiment pas le Canada. Ils n’aiment pas la richesse. Ils n’aiment pas l’innovation. Il semble que même ils n’aiment pas les gens qui ne les ressemblent pas ou qui ne parlent pas comme eux. »

C’est un point de vue haineux, basé sur des préjugés et qui ne mérite que du dédain. S’il y a un cauchemar créé, c’est par un journaliste si peu responsable qui propage des propos incendiaires.

La nouvelle de l’évènement fait le tour du monde et vient assombrir la victoire du Parti Québécois. Mais ce qui est dangereux est de proclamer que ceci est la faute du Parti Québécois, et que les séparatistes ne sont que des terroristes. Ce qui me dérange c’est que cet évènement peut engendrer la peur.

Je voyage souvent à Moncton, Nouveau-Brunswick où j’observe un phénomène dérangeant parfois.

En entrant dans un ascenseur, ou en rencontrant quelqu’un dans la rue, on a un moment d’hésitation. S’il s’agit de s’adresser à un inconnu, on parle en anglais, ou on dit « Hello » sans accent, créant délibérément une ambiguïté linguistique et donc culturelle. Ceci dans la crainte de déranger. Pendant une grande partie de leur histoire, les francophones de l’Acadie (les ancêtres de Zachary Richard NDLR) s’effaçaient et les vestiges de cette auto-dégradation qui se manifeste toujours dans un gène qui s’éveille en public devant des inconnus. Il ne faudra pas qu’une pareille chose s’installe à Montréal. Il ne faudrait pas qu’on devienne réticent de parler une langue, quelle que soit la langue. Il ne faudra pas que les communautés linguistiques deviennent des groupes ennemis. Il ne faudra pas que le choix de parler le français nous mette dans une position antagoniste par rapport aux anglophones. Et surtout il ne faudra pas que les anglophones s’imaginent que les Francophones sont leurs ennemis.

On ne peut pas permettre à un fou de déstabiliser la communauté. On ne peut pas permettre à nos passions de nous conduire vers la haine. La ligne de combat de la société québécoise ne se démarque pas entre anglais et français, mais entre la tolérance et le préjugé.

Au lieu de jeter de l’huile sur le feu, le Globe and Mail aurait mieux fait de féliciter Pauline Marois pour sa victoire, une victoire démocratique et sans contestation. On aurait mieux fait de la féliciter d’être la première femme chef d’État du Québec. On aurait mieux fait de lui souhaiter bonne chance et courage dans l’épreuve de son mandat. Le début est assez mouvementé, mais il se peut fort bien qu’une femme va pouvoir gouverner avec plus de calme. C’est ce qui je lui souhaite.

Zachary Richard sur Wikipédia
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